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La promesse de l'aube :

Un film d'une tendresse infinie

Les classes de Seconde générale et de 1ère S ont vu, avec 500 autres élèves de Mâcon, et en avant première, le magnifique film La Promesse de l'aube, adaptation du roman tragi-comique et autobiographique de Romain Gary. A la suite de la projection, une rencontre avec Eric Barbier, le réalisateur du film, a donné lieu à un échange passionnant. Echange vif, efficace, précis. Un réalisateur généreux. Un moment vrai.

Emmener des élèves au cinéma n'est pas tache facile. Imaginez une bande de 42 ados hirsutes qui s'attend d'emblée à un film hautement intellectuel forcément ennuyeux. Logique : c'est une séance d'école. Les préjugés sont tenaces. Et le risque si l'ennui pointe son nez ? Un brouhaha infernal de 500 ados totalement dispersés. Ce matin-là, dans la salle obscure, un silence attentif, juste entrecoupé de rires sincères et collectifs. Même Ethane ne s'est pas dormi ! Et c'est unanimement que les classes se sont unies pour dire : « J'avais vu l'affiche et la bande annonce, et je m'attendais à ne pas aimer, et puis, j'ai adoré, madame, du début à la fin. Dommage qu'on n'ait pas pu échanger plus encore avec le réalisateur ! » Ouf ! Pari réussi : plaisir et émotions partagés pendant ce film d'aventures !

Une vie burlesque et fantaisiste comme un roman

Que raconte ce film ? La russe Nina Kacew, jouée par Charlotte Gainsbourg vieillie pour l'occasion, et son petit garçon, Roman, futur Romain Gary, s'installent un temps en Pologne. Le but ultime : migrer en France, terre des Droits de l'homme et de la liberté. Il faut voir avec quelle passion Romain entonne la Marseillaise et comment Nina a les yeux qui pétillent quand elle pense à la France ! Nina décrète très tôt, et à qui veut bien l'entendre, que son petit garçon, est promis à une riche destinée : il sera plus tard grand écrivain français, tel Victor Hugo, dont le portrait trône dans toutes les pièces de l'appartement polonais puis niçois, ambassadeur de France aussi, et il aura bien sûr la légion d'honneur... Ah ! Et détail important, elle lui promet qu'il aura toutes les femmes à ses pieds. Nina donne tout à ce fils aimé au delà du raisonnable. Et lui devenu adulte, personnage joué par l'excellent Pierre Niney, ne voudra pas la décevoir. Nina travaille d'arrache pied, ne se plaint de rien et construit son rêve. Elle veut le plus romanesque pour son enfant. Il aura des leçons d'équitation, de danses de salon, de tires au pistolet pour le duel, pratique aristocratique, des cours de baise main, des leçons de français... Il apprendra comment on offre des fleurs ou des cadeaux aux femmes et comment on les séduit. Il portera des vêtements cousus sur mesure, et notamment un affreux petit manteau de fourrure décoré de queues d'écureuils... Une éducation quelque peu burlesque mais tellement fantaisiste et pleine d'amour.

De l'action, en veux-tu, en voilà !

A la question posée par Rémy au réalisateur à savoir comment il a sélectionné les scènes gardées du livre, Eric Barbier répond : «Pas facile d'adapter un roman au cinéma car écrire avec des images n'a rien à voir avec écrire avec des mots. Le film compte 150 situations alors que j'en ai comptées 876 dans le roman ». Il y a donc un choix judicieux à faire, choix drastique mais réussi. La tendresse du roman est palpable dans le film. Les émotions sont fidèlement révélées.

Ce film a demandé quatre ans de travail, dont un an de recherches pour imaginer et trouver les lieux, les décors, les costumes, quatorze semaines de tournage et enfin un an de montage. Sur la fin du film, le spectateur est plongé avec Romain dans le cockpit de son avion de chasse, entouré par le feu et les bombes ennemies, cette partie de guerre a demandé le travail de plus d'une vingtaine de personnes et huit mois pour créer tous les effets spéciaux. Budget du film : 23 millions d'euros.

Le vœu du réalisateur, nous a-t-il dit, était que ce film « renoue avec le spectacle populaire en interrogeant ce lien d'enfant à parent ». Pour Eric Barbier, « Autour de 10 ou 11 ans, nous assistons tous à une scène d'humiliation de nos parents, et cela nous touche et nous marque. La scène où Nina est humiliée par une riche aristocrate polonaise qui refuse de lui payer les sommes qu'elle lui doit est une des scènes fondatrices pour Gary. Voir sa mère humiliée et traitée de juive est violent. » Même douleur lorsqu'en 1938, Gary fait son service militaire dans l'aviation française, dix ans après leur arrivée à Nice. Amère déception, cette France admirée est aussi celle qui n'accorde pas le grade d'officier à Romain, le seul sur 300 appelés. Pourquoi ? Parce qu'il est juif. Pour ne pas avouer à sa mère cette vérité immonde d'une France antisémite, Gary devra s'inventer une aventure passionnée avec la femme de son commandant et une mesure disciplinaire pour fait de séduction ! Nina est si amoureuse de la France que lui dire la vérité lui briserait le cœur. Avec ce film, ce sont les montagnes russes de l'émotion.

Du rire aux larmes sans transition

On passe sans cesse du rire aux larmes avec étonnement et délectation. Exemple de scènes burlesques, la scène où Nina entre dans l'appartement et tombe sur une partie de jambes en l'air entre son fils et la bonne. C'est très drôle. Autre scène cocasse, celle où Pierre Niney est convaincu par sa mère de rejoindre Berlin pour aller illico assassiner Hitler et sauver l'Europe à lui tout seul, mais Nina se ravise le lendemain juste avant le départ.Vous voyez, les larmes ne sont jamais loin du rire, et vise versa. Finalement, Gary s'engagera dans l'armée de l'ombre, celle de De Gaulle. Il fera la guerre contre le nazisme bien sûr mais surtout pour venger sa mère et laver les affronts qu'elle a subis, loin des pogroms russes et de l'antisémitisme. Et il deviendra un des plus grands écrivains français comme Nina l'avait prédit. La voix off de Pierre Niney ponctue le film avec des passages du roman, preuve d'une fidélité au charme de l'écriture de Gary. C'est magnifique. « Avec l'amour maternel, la vie nous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. » Un grand film pour un grand roman. A voir ou à lire ? Les deux sans hésitation pour voler sur un petit nuage de beauté et de tendresse longtemps. Au moment de noël, c'est un cadeau urgent à partager.

Muriel Bonnard