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Rencontre avec l'écrivain Armel Job

Parenthèse philosophique loin de l'agitation du monde

Dans le cadre de la première caravane de la francophonie en Bourgogne, le mercredi 15 novembre, la classe de philosophie de Term Stav de Davayé est allée à la rencontre du romancier belge Armel Job. Cette rencontre était organisée au lycée de l’Horticulture et du Paysage de Tournus. Armel Job est l'auteur d'une vingtaine de romans primés, Prix des lycéens et Prix Georges Simenon notamment. Diplômé de lettres, de philosophie et de philologie, il a su nous confronter à ses thèmes de prédilection que sont l'art, la période de l'Occupation nazie, ou bien la réflexion sur le mal qui peut toucher n'importe lequel d'entre nous. Des thématiques philosophiques essentielles...

De l'élégance du propos ou de l'anti-démagogie

Vincent Dubois, professeur de lettres et philosophie au lycée de Tournus, avait su créer une ambiance chaleureuse et intimiste. Les deux classes de philosophie, celle de Tournus et celle de Davayé, faisaient cercle avec Armel Job, un monsieur tout en élégance. Elégance de l'allure, costume noir, impeccable. Elégance du verbe mené avec habileté et précision sans une once de démagogie, élégance des regards francs, élégance du don à vouloir transmettre bien plus que la littérature : des questionnements sur la vie, la morale et les choix qui heurtent à chaque moment de la vie. Il ne s'agissait pas d'un exposé fastidieux mais d'un dialogue entre l'auteur et les élèves, avec un jeu de questions-réponses très vivant. C'est là qu'on percevait qu' Armel Job avait enseigné avant de se consacrer à l'écriture, un autre moyen de transmettre.

Le roman : une machine à comprendre le réel

Au diable la distraction ! Qu'on se le dise, l'art a une fonction essentielle, celle de contraindre à voir l'essence des choses. Le romancier isole un fait, une situation et le lecteur a alors l'occasion rare de voir l'invisible derrière le visible. C'est l'illustration de ce que dit Oscar Wilde : « La vie imite l'art bien plus que l'art n'imite la vie ». Armel le dit d'une autre façon : « Le roman apprend à découvrir le réel, la réalité présente. Il oblige à aller en profondeur des choses, à voir ce qu'il y a en dessous des apparences. Ce que nous pensons être la réalité est une illusion, n'est qu'apparence et ce qu'on croit fantaisie imaginaire, est en réalité la vérité essentielle. »

Ecrire c'est donc aller à la rencontre des gens pour nourrir les personnages, se mettre à leur place, et c'est alors constater que l'on ne sait rien sur les autres, que le plus souvent dans la vie, nous restons dans nos préoccupations personnelles et individuelles, et passons à côté de l'intime de l'autre. Créer des personnages casse obligatoirement ce schéma. Ecrire est un voyage dans l'âme humaine qui demande du temps de réflexion, de méditation, d'empathie pour l'humanité.

La question morale à l'épreuve de l'histoire

Armel Job a un besoin de fouiller, de creuser, de bousculer les préjugés, d'interroger le monde. Il dit écrire comme un pédagogue pour transmettre. Pour lui, « un bon roman, c'est celui que le lecteur referme et qui se dit : je ne pensais pas que c'était comme ça. » Pour cela, il aime installer ses romans et ses personnages et revisiter l'histoire. Dans son récit, Dans la gueule de la bête, il s'intéresse à un réseau catholique dans la ville de Liège, qui pendant la période de l'Occupation nazie a sauvé des enfants juifs, et des familles entières. Ses personnages, plongés au cœur de la tourmente, illustrent la question de « la banalité du mal » de Hannah Arendt. C'est une question morale qui hante tout humain. Comment agir ? Quel choix faire ? Comment le mal apparaît en soi ? Pourquoi fait-on le mal ?

D'après Armel Job, on croit trop souvent que seuls les êtres démoniaques peuvent agir du côté du mal. Dans le contexte du roman, on se désespère de constater que ceux qui dénoncent un résistant ou un juif qui se cache sous une fausse identité, peuvent prendre les traits d'une jeune femme banale qui cherche juste un moyen de gagner de l'argent pour s'installer avec son amoureux. Dénoncer un juif à la Gestapo est pour elle le moyen de gagner une prime. Pour Armel Job, le mal est en chacun. Ceux qui pensent qu'ils ne seraient pas capables de faire le mal, sont les pires. Ils ne peuvent alors réfléchir en amont de leurs agissements et voir venir, prévenir leurs comportements.

Une leçon de sincérité

L'entretien s'est terminé par une lecture par l'auteur de quelques pages du roman Baigneuse nue sur un rocher. Pour Irène, élève de la classe de Terminale, au delà de l'intérêt de découvrir le métier d'écrivain, ses ficelles, ses secrets, le moment de grâce fut d'entendre l'écrivain lire. « C'était agréable de l'entendre lire avec sa voix, ses intonations, les mots qu'il a écrits. Il a su transmettre les subtilités de son texte. »

La rencontre fut chaleureuse, l'écrivain soucieux de créer un pont de réflexion avec les adolescents qui ont écouté avec beaucoup d'acuité et poser des questions intelligentes. Pauline a dit que l'auteur lui avait donné envie de lire ses récits. Loin des préoccupations du quotidien, loin de la préparation du bac, loin des questionnements non stop sur l'orientation, aller à l'essentiel est une priorité : rencontrer une âme humaine, le temps d'un échange vrai et passionnant. Car dans la littérature, il y a plus que la fantaisie de l'imaginaire, plus que des personnages d'encre et de papier, il y a la vérité révélée sur notre humanité. L'essentiel, tout simplement.

Muriel Bonnard